Corps et nature au centre : une pratique artistique sensible

Dernière mise à jour : 1 sept. 2021

J’ai discuté avec Alain Joséphine en toute simplicité, sur le balcon de son appartement de Baie-Mahault, où il réside une partie de l’année. Le reste de son temps, il le partage avec La Martinique, où il a grandi entouré par la nature.



La nature, le travail physique, la poésie sont les fondements de l’art d’Alain. Il se laisse imprégner et émouvoir par tout cela et c'est bien ce qu'il se propose de partager avec nous dans son travail artistique. Suivez-moi…



Une enfance à la campagne, terreau de sa pratique artistique


Enfant, grandissant à Rivière-Pilote, Alain Joséphine accompagnait souvent son père dans le travail de la terre, et les soins à prodiguer au bétail de la famille.


“Je crois profondément à la valeur travail. Lorsque je peins, je suis dans la même posture qu’un travailleur de la terre : j’utilise tout mon corps pour aménager un espace sur la toile.”

Alain tient à engager toute son énergie et à mettre tout son corps en mouvement dans la création d’une toile. D’ailleurs, plus il peint, plus il entraîne son corps à la peinture. Comme s’il répétait 1000 fois une chorégraphie, qui saura le conduire à l’expression la plus exacte du mouvement qu’il recherche.


“Je me considère comme un ouvrier de mon art. Il faut que le corps et les muscles soient habitués, entraînés, pour atteindre la pureté du geste, la précision. Pour habiter la couleur entièrement.”


Petit garçon, Alain Joséphine a aussi passé des heures à se promener dans la campagne martiniquaise, le nez en l’air, à l’affût des couleurs, des odeurs et des lumières du paysage escarpé.


Quand il me l’explique, je vois moi aussi le type de panorama dont il s’agit. C'est un peu comme les Grands Fonds de Sainte-Anne je crois, avec des vallées, des pentes… et partout, où qu’on regarde, un bout de ciel.


Je n’ai pas pu résister, voici une photo prise dans la campagne de Rivière-Pilote.


Ce n’est donc pas surprenant qu’Alain aime tant peindre en réfléchissant au placement de la lumière dans ses toiles. Pas surprenant non plus que dans sa dernière collection, on puisse apercevoir des pans entiers de ciel vus du sol.


“Je construis tout mon travail autour de la lumière par rapport à un paysage bien particulier fait de reliefs, de creux, de collines, de fonds, de mornes*. La façon dont elle se pose, le contraste, les clairs-obscurs, les points de vue. Tout ceci est complètement différent de la lumière sur un pays plat.”

*Morne : mot créole pour indiquer une colline, plus de détails ici


Et cette enfance a sensibilisé Alain Joséphine à la place du corps au sein de la nature. Il considère que faire évoluer son corps en pleine nature est le plus sûr moyen de se connaître vraiment :


“A force d’être en interaction avec son environnement, on ne fait que des actions en rapport avec ce que le corps ressent, au plus près de ses sensations. Au bout d’un moment, on commence à comprendre qui l’on est vraiment. On entre en accord avec son moi profond, son être sensible pur.”

J’ai passé plus d’heures le nez dans les livres qu’en pleine nature quand j’étais enfant. Mais je sais le manque que je ressens en l’absence de nature. Je sais pertinemment aussi la sérénité que j’éprouve, la manière de respirer que j’adopte lorsque je suis à la plage, ou au milieu des arbres. Il n’est pas forcément question ici de méditation, ou de communion avec la nature : c’est plutôt comme une forme d’apaisement en ce qui me concerne. Comme dit Alain, c’est “quelque chose qui ne fait pas de bruit.”



La musique comme pendant à l’art visuel


La musique a toujours fait partie de sa vie. Ses parents chantaient énormément à la maison, et Alain Joséphine a fait du chant choral dès l’âge de 10 ans. Et si ses parents lui donnent l’envie de s’essayer au théâtre, à la danse, à la musique… c’est bien le goût du chant qui lui reste. Pendant ses études aux Beaux-Arts de Bordeaux, il profite même de la proximité du Conservatoire p