Allier tradition et modernité pour vivifier l’artisanat local

Dernière mise à jour : 16 déc. 2021

Damalia est une entreprise d’édition de mobilier et de décoration créoles. L’édition dans le design, c’est comme pour les livres : être à l’origine de projets, de maquettes, d’essais et rassembler les talents pour faire naître de vrais objets. C’est à Saint-François que se trouve son atelier, où Kessen et Mattis s’efforcent de joindre les savoir-faire traditionnel et moderne.


Chariot avec des tassots de bois découpés sur fond de végétation
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La première fois que j’ai parlé avec Kessen Poitou, j’ai été impressionnée par sa détermination. Avec un grand calme, il m’a raconté comment il est passé d’une carrière d’ingénieur à celle d’ouvrier bois. C’est avec beaucoup d’humour qu’il se décrit ainsi, car en vérité, Kessen est un porteur de projet plein d’ambition. Il a mis en branle une initiative pour faire revivre l’artisanat et la production de matières premières en Guadeloupe.



Des valeurs fortes à l’origine du projet


C’est au Café Papier à Jarry que Kessen et moi nous sommes donnés rendez-vous la première fois. Et nous avons été rejoints par Mattis Esnault, son associé. Assez rapidement, je les ai interrogés sur ce qui les avait poussés à se lancer dans l’édition de mobilier et de décoration créoles.


Kessen et Mattis ont écumé les îles de Guadeloupe à la recherche des artisans les plus talentueux, et le constat est sans appel : ils sont très nombreux, mais manquent de débouchés. Pour être plus précise, le temps de travail nécessaire à la création provoque des prix peu accessibles du grand public en Guadeloupe. Ainsi, les artisans ont bien souvent des chantiers sur lesquels ils passent leur temps (rémunéré), plutôt que de créer des objets sans certitude de les écouler.


“Le bakoua par exemple est une matière assez exigeante en main-d'œuvre. Tresser un mètre de bakoua peut demander jusqu’à 45 minutes de travail !”

Cette compétence très recherchée est gourmande en temps, et le coût de la main d'œuvre est difficile à répercuter dans le prix d’un seul objet.


L’espoir de Kessen et Mattis m’a touchée en plein cœur : valoriser les savoir-faire locaux, en utilisant les matières premières du territoire et les nouvelles technologies. Ils travaillent le bois, la céramique, le bakoua, et sont en train de réfléchir à des usages pour la peau de cabri. (Vous savez, cette peau dont nous avons déjà parlé lors de notre visite avec Claudius Barbin. Celle que l’on tend sur les Ka pour servir d’instrument à percussion.)


“A mon retour en Guadeloupe, je me suis rendu compte que la majorité des meubles vendus ici étaient importés. Alors même que notre nature est riche en matières premières et en bois précieux, comme le mahogany et l’acajou. Alors même que nos artisans ont un immense savoir-faire en ébénisterie.”

Ils s’inscrivent aussi dans une démarche éco-responsable et sociale. Eco-responsable, en recyclant par exemple les chutes de leur atelier, ou en choisissant des procédés de création économes en énergie. Sociale, parce qu’ils comptent fermement créer de l’emploi et des recettes pour les collectivités territoriales. Bref, même s’ils ne sont que 3 à bord pour l’instant (avec leur nouvelle recrue Cyril), l’ADN de Damalia est résolument engagé !



Ingénierie & design : des compétences complémentaires


Il faut dire que ce duo de choc n’avait pas exactement le parcours pour se retrouver à la tête d’une entreprise artisanale.


Ils se sont rencontrés en 2018 à Lyon, alors que Kessen Poitou était en pleine construction du projet. L’ambition du projet de Damalia, la possibilité d’avoir un rôle clef de direction artistique, et l’affection de Mattis Esnault pour les îles de Guadeloupe l’ont convaincu de se joindre à Kessen.

Ce dernier, ingénieur de formation, s’occupe aujourd’hui de la gestion de la production et des relations avec les autres acteurs du territoire - pour créer localement et dynamiser l’économie de Guadeloupe. Mattis, lui, a toute la vision design & artistique de Damalia.


Ils ont tous deux un intérêt sincère pour le monde de la création - artisanat et design, et c’est ce qui donne autant de vitalité à leur projet. En combinant leurs expertises, ils ont d’ailleurs réussi avec brio leur campagne de crowdfunding sur KissKissBankBank en 2019. Ils ont ainsi rassemblé la somme nécessaire à l’achat de matériel professionnel, comme une fraiseuse numérique pour couper le bois avec précision.



Voici selon moi ce qui fait la force de leur projet : Kessen et Mattis ont intégré leurs connaissances en ingénierie et en design dans l’édition de leurs pièces créoles. Ils ont décidé d’associer les savoir-faire traditionnels aux nouvelles techniques de création issues du design et de la digitalisation, comme le plan 3D et l’usinage numérique. Tout ceci pour gagner en efficacité dans la production, et créer des pièces originales authentiques.



La démarche créative chez Damalia