Le Ka, au rythme du cœur des Guadeloupéens

Dernière mise à jour : 16 déc. 2021

Dans son atelier situé en bordure de la Riviera, au Gosier, Claudius Barbin nous ouvre les portes de son atelier. Un endroit où on peut entendre, dès l’extérieur, résonner les sonorités du gwoka.


Vue de l'atelier de Claudius Barbin, morceaux de bois préparés pour l'assemblage du ka
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Claudius Barbin est une célébrité locale. Autodidacte, il a atteint une véritable excellence dans son art. S’il crée des Ka depuis 25 ans, c’est par amour de la musique et de son pays. Suivez-moi, je vous raconte…



Concevoir un Ka : des gestes de haute précision


“Donnez-vous le plaisir d’entrer. Pas la peine, mais le plaisir.”

C’est ainsi que Claudius Barbin accueille dans son atelier du Gosier une cliente venue de Saint-Martin. On rit, on échange un bon mot, on appelle l’époux pour qu’il remercie Claudius. On étend même l’amabilité jusqu’à offrir du papier bulle pour le transport en bateau, et à emmener le Ka dans le coffre de la dame. C’est dans cette ambiance détendue et bienveillante que Claudius Barbin me montre comment il travaille.


Claudius Barbin est un perfectionniste. Dans chacun des aspects de la fabrication de ses Ka, il cherche à atteindre l’excellence. Lorsqu’il tourne la clef pour serrer les cordes, il le fait toujours sur le cercle en métal pour être sûr de ne pas abîmer le bois du tambour. Lorsqu’il tend la peau sur le zoban, c’est en vérifiant à chaque réglage le son produit par les percussions. D’ailleurs chaque Ka est immédiatement testé par Claudius, comme si le fait de marquer le Ka faisait partie de sa naissance en tant qu’instrument de musique. Et dans ces moments-là, on voit à quel point Claudius aime jouer.


Reprenons ensemble les étapes par lesquelles Claudius passe toujours pour créer un Ka. Elles sont immuables, comme l’alternance de l’hivernage et du carême, et Claudius gère ses différentes étapes comme du papier à musique.


Plusieurs étapes de montage d'un ka


1. Le corps du Ka


D’abord, préparer le bois qui va servir à créer le corps du Ka. Choisir soigneusement les arbres à tailler, les découper en planches, puis tailler à l’intérieur des morceaux arrondis, à assembler soigneusement pour former le corps de l’instrument. Coller les pièces, poncer l’ensemble avec un papier abrasif en grain 80. En laissant le bois un peu rugueux, il peut mieux recevoir le cerclage en métal. Claudius met un point d’honneur à taper sur les cercles non seulement pour qu’ils rentrent bien, mais aussi pour qu’ils soient parfaitement alignés avec la bordure extérieure du Ka.




“On me dit parfois que je suis un peu trop chiant, que je n’ai pas besoin d’aller jusque là… Mais je pense qu’on ne peut pas se contenter de peu. L’homme doit toujours se dépasser, tendre vers la perfection.”

Et ce n’est pas fini ! Reste à poncer à nouveau le bois avec du papier abrasif (en grain 180 cette fois), jusqu’à ce qu’il soit bien lisse, pour enlever toutes les traces de métal. Passer une couche de vernis, adapter les cercles de métal pour sécuriser l’attache. Passer une deuxième couche de vernis…



2. Le zoban


On peut ensuite s’attaquer au zoban, qui couvre le coffre en bois. C’est cette partie de l’instrument sur laquelle la main des tambouyé va frapper pour faire résonner le son dans le ventre rond du Ka. On fait tremper la peau de cabri (la chèvre locale) dans de l’eau avant de la tendre et de la coudre sur le cercle de métal. Une fois que la peau a séché, on descend le zoban à l’aide d’une presse sur le Ka. On le place comme une couronne qui viendrait ceindre la tête du Ka.




3. Les finitions


Enfin, Claudius ajuste la tension de la peau sur le zoban en ajustant la tension des cordes qui entourent le ka. Il coupe des clefs et arrondit leurs angles avec une meuleuse. Ce sont ces clefs qu’il tourne plus ou moins, en jouant finement sur la peau de cabri à l’aide des cordes et de la presse.