Une terre unique au monde

Marcela Giselle Mattone vit sur l'île de la Désirade, à 45 minutes des plages de Saint-François. Mais avant de faire cette traversée, un plus long voyage l’a menée jusqu’en Guadeloupe, où elle a décidé de vivre de sa passion.


Sculpteuse en train de tourner sa pièce dans les braises
Bouton de redirection vers ses créations



C’est un peu par hasard que Marcela a entendu parler de la Guadeloupe. Ayant quitté l’Argentine avec son sac à dos pour fuir la crise économique à l'âge de 25 ans, elle voyage dans les pays voisins en vivant de ses petites pièces de terre cuite. Elle rencontre son futur compagnon alors qu’elle passe une année au Mexique. Et il se trouve qu’il vivait à Saint-François ! C’est lui qui l’emmènera visiter notre île, et ses parents à La Désirade de nombreuses fois. Toujours amoureux, ils décident ensemble de s’installer à La Désirade pour de bon.



Textures de terre à La Désirade


Mais ce n’est pas seulement son Jules qui a séduit Marcela Mattone en Guadeloupe. Et même après leur séparation, elle était bien décidée à continuer de vivre à La Désirade ! Marcela est une artiste qui travaille la terre, et elle trouve que l’argile ici a une qualité et une tenue exceptionnelles.


“Cette terre est assez incroyable pour mon travail. À 100 mètres de différence, on trouve une terre rouge volcanique qui réagit comme du grès ou de la porcelaine à seulement 1040°, et une autre plus rosée à la cuisson, beaucoup plus poreuse, excellente pour faire des terres à feu.”

Morceaux d'argile rouge


Couleurs et vibrations d’un autre monde


Bien loin de la région de Buenos Aires où elle a grandi, Marcela Mattone ne peut plus se passer des couleurs qu’elle voit aux Antilles.


“Comparé à la pampa de mon enfance, je trouve que tout ici a un degré de couleur supplémentaire. Il n’y a qu’à voir le violet contrasté au vert dans une feuille de banane. Tout ici vibre sous une lumière exceptionnelle.”

Depuis que Marcela vit en Guadeloupe, elle se rend compte que son travail a beaucoup évolué, comme si la lumière et les couleurs d’ici avaient imprégné son identité Argentine. Partie d’une inspiration pré-colombienne, elle se sent influencée par l’énergie qui se dégage de nos îles. Et c’est cette énergie qui l’habite et qu’elle transmet au spectateur par son travail.


Sculpture surréaliste créée par Marcela Mattone, intitulée Procrastination. La tête placée sur les jambes.

Marcela travaille dans une dynamique proche de la littérature surréaliste. Avec ses oeuvres, elle veut pousser le spectateur à la rêverie, on glisse entre le réel et l’imaginaire, en se demandant ce qui existe au juste, un peu comme Alice au Pays des Merveilles, incapable de démêler le vrai du faux , le songe de la réalité. Et finalement bien heureuse du voyage…


“Comme si l’histoire était vraie, mais que ce n’est pas possible. Mes pièces sont très autobiographiques. Ce n’est pas moi que je représente directement, mais tout ce que je vis est transposé dans une pièce. Chaque pièce a sa propre histoire.”


Le raku, une technique d'Asie appliquée sur la terre locale

"Avec la technique du raku, les résultats sont imprévisibles et tellement surprenants !"

Oui, c'est sûrement l'élément de surprise qui pousse Marcela à combiner avec l'argile de la Désirade, et son imaginaire, une technique de cuisson japonaise. Née au XVIe siècle, elle consiste à monter très rapidement une pièce en température, puis à provoquer un choc thermique en la sortant brusquement du four.

Il faut sûrement préciser ici que la cuisson céramique traditionnelle fonctionne par de lentes montées et descentes en température dans le four, ce qui garantit une certaine stabilité aux pièces et à l'émail placé dessus.


Donc Marcela, dont l'inspiration se situe entre le réel et l'imaginaire, est forcément inspirée par la technique du raku. Parce que son choc thermique est à l'origine de variations étonnantes sur l'émail : il se teinte de rose, se craquèle, se rétracte, apportant une part d'imprévu dans le processus créatif.



Si vous avez envie d’accueillir chez vous un peu de poésie, un mélange des racines argentines de Marcela, de sa vie de Désiradienne, et de ses influences japonisantes, vous n’avez qu’un mot à dire. Elle m'a confié qu'elle serait en tous cas ravie qu’une partie d’elle voyage jusqu’à vous.