Des fibres naturelles, de la patience et du savoir-faire

Cette fois-ci, c'est à Saint-Claude que je vous emmène. Dans une kaz avec vue sur le bourg de Baillif, et la mer en contrebas. C'est dans cette oasis de calme que nous allons à la rencontre de Rémy Coco, vannier de cœur et d'esprit.


Paniers posés côte à côte, fond de végétation
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Dans la famille de Rémy, d'origine Kalinago, le tressage est un savoir-faire qu'on se transmet de génération en génération. Il y a dans ses mains et dans son attitude le calme et l'élégance qui donnent naissance à de beaux paniers.

Une passion familiale et personnelle


Dès l'enfance, Rémy voyait ses parents créer des paniers, des chapeaux, des éventails en fibres naturelles. Son oncle également, qu'il décrit en souriant comme un pisteur-charpentier-maçon-agriculteur a toujours eu des mains habiles et produit de belles pièces lui aussi. Et Rémy - tout enfant qu'il était, ne pouvait pas s'empêcher de se mêler des affaires des gran moun lorsqu'il s'agissait de vannerie.

"Je disais à ma mère : et si tu faisais comme ça plutôt ? on pourrait essayer une nouvelle forme ? J'avais toujours plein d'idées qui fusaient (rires)... Mais mes parents avaient leur fierté et n'en faisaient qu'à leur tête !"

Parti en France pour des études de dessinateur en bâtiment, c'est lors d'une visite à sa fille en Guadeloupe qu'il a le déclic... Il se sent bien, il aime voir ses parents travailler la vannerie, et il voudrait les rejoindre. Sa formation constitue maintenant un énorme plus pour son travail de vannier : elle a ancré en lui un amour de la décoration, de l'habitation et des formes dans lequel il puise son inspiration pour tresser.


Le tressage, ou l'art de la patience


Rémy Coco nous explique les étapes grâce auxquelles il est capable de tresser ses paniers. Pas-à-pas, comme pour une recette de cuisine, on rassemble les ingrédients. La première étape consiste à préparer les fibres qui vont servir à l'élaboration du panier. Cueillir les fibres, les laver, les laisser tremper ; parfois les cuire si nécessaire. Il nous montre comment il choisit les tiges de bakoua encore fraîches. Avec délicatesse, il sépare les parties utilisables des bordures épineuses et du cœur trop dur de la feuille. Les deux moitiés de la feuille ainsi isolées, il les enroule pour les faire tremper et ramollir. Il pourra ensuite les laisser sécher à l'air libre, ou les faire cuire s'il a besoin d'encore plus de souplesse dans le matériau. Tchak ! C'est le bruit du roseau qui se fend en deux. Avec des gestes précis, il écarte les deux brins et propage la cassure du haut vers le bas, sur une tige de roseau pouvant aller jusqu'à 7 mètres de hauteur.

"Un roseau entier peut donner assez de fibres pour un grand panier ou deux de petite taille."

Vient ensuite l'étape de la préparation. Rémy rassemble ces fibres sèches et prêtes à servir. Il prévoit la quantité de matière à utiliser en fonction de la taille de panier qu'il espère atteindre. Le socle du panier également doit être mesuré avec soin, pour correspondre à la suite du projet.

"En vannerie, tout est une question de proportions. Il faut tenir compte des formes et des rondeurs, de la géométrie dans l'espace, et de la symétrie du motif aussi."

Enfin, il lui reste à tresser le panier. Et cette dernière étape ne peut se faire que d'une traite. Quand on a passé une journée à préparer les fibres, on en passe en général une deuxième à tresser le panier. Quand on commence, il faut finir, car le panier requiert une grande concentration et un engagement de tous les instants.


Différents modèles de paniers accrochés au plafond

Une envie de transmettre


Les paniers sont tressés à partir de roseau, de bakoua, de larouma... Des plantes endémiques, parfois souples, parfois résistantes, en fonction du besoin du panier à créer. Des plantes locales donc, qu'il chérit et qu'il considère comme une véritable richesse.

Rémy Coco organise des ateliers pour transmettre son savoir aux plus jeunes. Je sens à quel point l'éducation aux traditions et au patrimoine lui tient à cœur. Et non seulement il explique son art aux enfants, mais il prend le temps d'en démontrer les bienfaits à leurs parents également. Même sur un marché, vous pouvez tomber sur Rémy en train d'expliquer sa manière de travailler, ou d'ajouter des anses sur un panier, pour permettre à tout le monde de voir et de comprendre la technique du tissage.

"Le tissage apprend la patience et la tempérance. C'est quelque chose dont nous avons tous grand besoin aujourd'hui : s'asseoir et réussir à se canaliser."

Son désir de transmission s'étend aussi aux personnes de passage en Guadeloupe. Pour Rémy, l'accueil est une valeur centrale, et il aimerait que dans chaque maison, on puisse prendre le temps de partager un repas traditionnel avec des visiteurs. Il se considère comme un ambassadeur de la culture locale, et il appelle tous les Guadeloupéens à en faire autant.

"Il y a une vieille expression qui dit : on donne ce qu'on reçoit. C'est pourquoi le sens de l'accueil est primordial pour moi, et c'est ce que j'essaie d'inculquer à ma famille et à tous ceux qui souhaitent le recevoir."

 

Les créations de Rémy Coco

Des paniers en toute simplicité