Rondeurs sculpturales : une passion pour la terre

Dernière mise à jour : 26 août 2021

C’est à Saint-François, dans une maison avec vue sur la mer, que Roselyne Bandou m’a accueillie pour me raconter sa passion pour la sculpture. Il y a quinze ans qu’elle s’est lancée, et elle en parle comme si c’était hier. Tous les souvenirs, toutes les sensations sont restés intacts.


Atelier en bois, sculpture au premier plan
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Tout commence au hasard d’une rencontre


Le soir de son premier vernissage, Roselyne Bandou a ressenti un peu d’appréhension. C’était la première fois qu’elle présentait son travail à des personnes en dehors de son cercle de proches. Mais la réaction du public l’a rassurée :


“J’ai vu dans les yeux des invités que mon travail leur plaisait vraiment, ils étaient impressionnés par mes sculptures. C’est ce qui m’a encouragée à continuer.”

L’étonnement se lit dans les yeux et les expressions de Roselyne, mais pourtant : sur les 46 pièces présentées, plus de la moitié seront vendues le soir même !


Revenons au commencement de son histoire d’amour avec l'argile. Au départ, Roselyne envisageait de se lancer plutôt dans la poterie. Et c’est lors d’un dîner, un peu par hasard, qu’elle rencontre celle qui lui donnera l’idée de s’essayer à l’art du modelage. Elle commence à échanger avec l’une des convives, devenue par la suite une amie très chère. En discutant, elles décident de s’inscrire ensemble à un cours de modelage.


Dès la première séance, Roselyne sent qu’elle ne peut pas se contenter de reproduire les modèles proposés. Elle a un vrai coup de foudre pour la matière et les sensations de la terre. Très vite, elle décide de s’y mettre directement chez elle. Dans son élan d’enthousiasme, elle se documente sur les différents types de terre, sur les techniques possibles de modelage, elle fait de nombreux essais pour mieux appréhender la matière. Et c’est alors que sa créativité explose : Roselyne se sent happée par la terre.



Un travail de précision


Quand elle me fait visiter son atelier, je vois avec quel soin et quelle délicatesse Roselyne Bandou manipule ses sculptures. Il y a entre elle et ses créations une forme d’attachement touchant. D’ailleurs, Roselyne me confie qu’elle avait même du mal à se séparer de ses premières œuvres. Mais progressivement, elle s’est rendue compte que les personnes qui en faisaient l'acquisition avaient un véritable coup de cœur et ne pouvaient que prendre soin de ses sculptures.


Et on comprend ses précautions quand on connaît toutes les étapes menant à la finalisation d’une pièce. Préparer la terre, la modeler, évider la pièce obtenue. Car pour éviter qu’une pièce n’éclate au four, il faut la creuser, en la séparant en deux ou plusieurs morceaux, suivant les besoins de la forme. Vient ensuite le moment de rassembler les morceaux, remodeler la découpe pour la faire disparaître, cuire la pièce, et… la patiner. La patine peut être composée de pigments, de peinture ou d’engobe au gré de l’imagination de Roselyne. Elle varie les plaisirs, en produisant des œuvres bien polies ou alors laissant apparaître les traces de “l’outil”. Reste ensuite à préparer le socle sur lequel l'œuvre sera présentée.


Autant de passages obligés pour s’assurer du résultat espéré. Et c’est dans son atelier, en autodidacte passionnée, que Roselyne a appris chacun de ces gestes, chacune de ces manipulations.



Un mouvement de l’intérieur vers les autres


Chez Roselyne Bandou, la sculpture est un mouvement qui vient du ventre, de l’intérieur, de l’âme. Elle en parle en bougeant les mains, en frottant l’intérieur de ses doigts les uns contre les autres. On comprend qu’elle aime la sensation du toucher, elle aime caresser ses sculptures, et c’est cette envie qu’elle transmet au spectateur de ses œuvres.


Tout son travail est construit autour de formes pleines, apaisantes. Ce sont surtout des femmes qui sont représentées, avec des proportions exagérées de manière stylisée. Tantôt lascives, en méditation, tantôt en mouvement, dansant, riant peut-être… Elles sont toujours rondes, et elles invitent à la caresse.


“Les rondeurs m’inspirent et c’est tout naturellement que les formes naissent de l’argile que j’ai plaisir à façonner. Lors d’une exposition, une jeune fille m’a confié que mes représentations stylisées de femmes rondes l’avaient réconciliée avec son corps.”

Comment, dans cet exemple, ne pas sentir la grande sensibilité de Roselyne et à quel point l’impact de son travail sur les autres la touche. Elle se souvient de chaque anecdote, de chaque émotion qu’elle a provoqué chez les visiteurs de ses expositions. À mon avis, c’est le signe de la générosité et de l’empathie incroyables dont elle fait preuve envers les autres.

“Trois fois lors d’expositions, j’ai rencontré des personnes qui me décrivaient leur sentiment face à une de mes sculptures. Elles avaient exactement les émotions que j’avais moi-même ressenties en créant cette sculpture, en la modelant.”

Oui, vous avez bien lu : la pureté des lignes et la simplicité des formes parviennent à transmettre l’émotion aussi clairement que le son arrive aux oreilles. Comme si son énergie à elle passait dans la pièce et se transmettait ensuite au spectateur.