Un voyage initiatique par le biais de l’art

Dernière mise à jour : 16 déc. 2021

L’atelier de Jocelyn Akwaba Matignon est situé en plein Pointe-à-Pitre, dans l’une des rues commerçantes principales du centre-ville : la Rue Frébault. Laissez-moi vous dire que quand je marchais dans ces rues, enfant, dans l’agitation des derniers achats pour la rentrée des classes, je n’aurais jamais cru qu’il pouvait y avoir des endroits aussi paisibles tout proche.


Jocelyn Akwaba Matignon, artiste peintre en plein travail dans son atelier.
Bouton de direction vers les créations



Debout dans l’atelier de Jocelyn, je suis impressionnée par la hauteur sous plafond, qui l’autorise à exposer de grands formats, parfois de 3 mètres de haut. Une hauteur sous plafond qui rend son travail encore plus magistral.


Des voyages qui nourrissent son cheminement artistique


Jocelyn Akwaba Matignon s’inspire des observations qu’il a faites dans différentes parties du monde… Le symbole pour signer ses toiles est d’ailleurs un triangle, dont les sommets retracent les différentes étapes de son parcours artistique. Suivez-moi, je vous raconte.


Né à Pointe-à-Pitre, il grandit dans le Nord de la France. C’est en Europe que son périple artistique commence, en France et en Belgique, où il s'imprègne de la puissance des plus vieilles forêts d’Europe. Là, il s’est nourri de leur solennité, de leur rythme lent, de leur énergie. Il a rencontré l’esprit de la Terre, qui alimente alors sa recherche plastique, et qui l’incite à utiliser dans sa peinture des éléments naturels de la forêt.


Reprenant peut-être involontairement l’itinéraire du commerce triangulaire, le premier voyage de Jocelyn l’a conduit au Burkina Faso et au Bénin, où il a étudié les arts ancestraux, et toute leur symbolique pendant plusieurs mois. C’est sa rencontre avec l’esprit du masque. Il est parvenu à la conclusion que l’image du masque, venue de temps immémoriaux, reste bien actuelle et présente dans nos vies.


“Aujourd’hui encore, nous portons tous un masque. Qu’il s’agisse du masque que l’on revêt au travail, dans ses relations amoureuses, ou même en famille quelque fois.”

Quand Jocelyn m’énonce cette vérité, je la sens palpiter en moi… Que de fois ai-je pu constater que je ne réagis pas forcément de la même manière si je m’adresse à une amie, à un collègue ou à un voisin. Bien entendu, la société nous façonne et nous incite à nous comporter d’une certaine manière en fonction des circonstances. Très calme avec des inconnus, je peux devenir tout à fait volubile et enthousiaste si je suis entourée de ma famille. Et je suis certaine que je ne suis pas la seule dans ce cas. Rassurez-moi, ça vous arrive aussi… ?

Enfin, Jocelyn est revenu vivre en Guadeloupe en 2003. Il en a profité pour se rendre au Guatemala pour y puiser l’esprit amérindien. Plus particulièrement, l’héritage Maya.


Vous savez, l’une des civilisations les plus anciennes, riches, savantes à avoir existé en Amérique centrale. Elle a connu son apogée entre 200 et 900 après J-C.


“C’est la seule civilisation que les Espagnols n’ont pas réussi à éteindre. Les îles de la Caraïbe faisaient partie de l’empire Maya, ils les appelaient 'les îles du soleil levant'.”

En effet, jusqu’à aujourd’hui, des millions de personnes parlent des dialectes issus du langage Maya dans la région.


Depuis des années, le travail de Jocelyn s’inspirait de la cosmogonie Maya. En résidence artistique au Guatemala, il a pu se tenir au cœur de l’ancien empire. Il a alors trouvé une nouvelle impulsion en baignant dans la culture et la vibration de ces lieux. Des éléments physiques ont également alimenté son travail, de la cendre volcanique utilisée pour le fond des toiles par exemple. Le reportage en espagnol ici pour les plus curieux !


D’ailleurs, il y a toujours une roue de médecine Maya au centre de ses expositions, pour bien rappeler d’où lui vient son élan créatif, et pour créer une atmosphère propice à une quête d’apaisement, de tranquillité, de silence.


Vue de l'exposition au Séoul, avec la roue de médecine au premier plan
Exposition à la Korea Foundation Gallery, Séoul, en 2016

J’ai un ancêtre Caraïbe, mais je ne sais pas grand-chose de cette facette de mon identité. Il me semble qu’en Guadeloupe, elle est peu représentée, peu remémorée. Je ne connais que le site des Roches Gravées à Trois-Rivières qui soit en lien avec leur histoire.


Pourtant, il s’agit d’une pierre fondamentale de la culture Antillaise, puisque les Arawaks, des Amérindiens, étaient les tout premiers habitants de nos îles. C’est peut-être pour cela que la partie amérindienne du voyage de Jocelyn est celle qui m’a le plus touchée ?


Vue des livres sur les Mayas, dans l'atelier de Jocelyn Akwaba Matignon

Vous l’aurez compris, le travail de Jocelyn Akwaba Matignon est extrêmement documenté. Il se nourrit de toutes les influences de ses voyages, ses lectures. Il les digère par la méditation et la rêverie, mais surtout par la reprise systématique et méthodique des thèmes qui le touchent.